Energie et industrie
Le plan BICS du Royaume-Uni : un nouveau défi pour la compétitivité énergétique de l'industrie allemande
Le Royaume-Uni lance le plan BICS pour réduire les coûts de l'électricité dans le secteur manufacturier, et analyse la nouvelle configuration de la concurrence énergétique européenne du point de vue de l'industrie allemande.
Ouverture : une décision du Royaume-Uni, des répercussions sur l'industrie européenne
En 2025, le gouvernement britannique a lancé le « Plan britannique de compétitivité industrielle » (British Industry Competitiveness Scheme, ou BICS), visant à soutenir le secteur manufacturier en réduisant les coûts de l'électricité. Après la publication des résultats de la consultation en avril 2026, le plan devrait être mis en œuvre officiellement en 2027. Cette politique semble n'être qu'une politique industrielle intérieure du Royaume-Uni, mais aux yeux de l'industrie allemande, elle pourrait représenter un ajustement majeur du paysage concurrentiel des coûts énergétiques de la fabrication européenne. Le Royaume-Uni est en train d'« acheter » de la compétitivité à coups de subventions, tandis que l'industrie allemande continue de subir des prix de l'énergie élevés. L'avenir de l'industrie allemande pourrait ainsi être poussé sur une nouvelle piste de concurrence.
Contexte : qu'est-ce que le BICS ?
Le BICS fait partie de la stratégie industrielle moderne du Royaume-Uni. Destiné aux entreprises manufacturières des secteurs à fort potentiel, il réduit la facture d'électricité des entreprises en les exemptant de coûts indirects tels que l'obligation relative aux énergies renouvelables (RO), le tarif de rachat (FIT) et le marché de capacité (CM). Selon les résultats de la consultation, l'éligibilité est passée d'une base fondée sur l'intensité électrique de l'entreprise à une base fondée sur l'intensité électrique du secteur, ce qui porte le nombre d'entreprises éligibles d'environ 7 000 à environ 10 000. Ces entreprises doivent appartenir aux secteurs de fabrication de pointe IS-8 ou aux secteurs de fabrication de base fournissant des intrants à la chaîne de valeur centrale, et produire des produits conformes à la définition du code HS6. L'économie maximale est de 40 livres sterling par mégawattheure, calculée au prorata des activités de fabrication liées aux produits éligibles. Le plan sera réexaminé en 2030, et l'éligibilité pourrait alors être liée à l'amélioration de l'efficacité énergétique ou aux investissements dans la flexibilité des entreprises.
Causes profondes : pourquoi le Royaume-Uni a-t-il recours à cette « mesure choc » ?
Les prix de l'électricité au Royaume-Uni sont depuis longtemps parmi les plus élevés d'Europe, en raison de la dépendance à la production d'électricité au gaz naturel (plus de 30 %) et d'une importation nette d'énergie d'environ 43,5 %. La crise ukrainienne de 2022 et les récents conflits au Moyen-Orient ont tous deux provoqué de fortes fluctuations des prix de l'électricité, révélant la vulnérabilité de l'approvisionnement énergétique. Par ailleurs, le mécanisme historique de soutien au prix du carbone (Carbon Price Support) et l'insuffisance des rabais accordés aux industries à forte intensité énergétique (EII) ont encore alourdi les coûts de l'électricité industrielle. En conséquence, à la fin de 2024, la production des industries britanniques à forte intensité énergétique est tombée à son plus bas niveau en 35 ans, avec une chute de 33,6 % entre 2021 et 2024. Le lancement du BICS est précisément une réponse politique à cette impasse structurelle, visant à offrir un « répit » au secteur manufacturier en réduisant directement les factures d'électricité, tout en attirant des investissements et en favorisant la décarbonation.
Impact sur l'industrie allemande : pression concurrentielle et réflexions L'industrie allemande est, elle aussi, confrontée au défi des coûts énergétiques élevés. Depuis le début du conflit russo-ukrainien, les prix du gaz naturel ont grimpé en flèche en Allemagne. Même si le gouvernement a temporairement amorti le choc grâce à des aides d'urgence et à des plafonds de prix, le problème structurel des coûts demeure. Le BICS britannique pourrait avoir un double impact sur l'Allemagne : premièrement, il pourrait encourager les industries énergivores (comme la chimie, la sidérurgie et les métaux non ferreux) à se délocaliser vers le Royaume-Uni, créant une concurrence avec l'Allemagne en matière d'investissements directs ; deuxièmement, ces subventions ciblées pourraient être perçues comme un protectionnisme local déguisé, suscitant un débat sur la concurrence déloyale au sein de l'Union européenne, et l'Allemagne, en tant que membre central de l'UE, doit faire face à cet écart institutionnel.
Plus important encore, le BICS pourrait accélérer la remise en question par l'industrie allemande de sa propre politique énergétique. L'Allemagne tente de réduire les coûts des émissions de carbone industrielles en développant les énergies renouvelables, en construisant un réseau d'hydrogène et en introduisant des contrats de différence sur le carbone. Mais par rapport à la remise sur l'électricité « brutalement simple » du Royaume-Uni, la voie allemande est confrontée à une incertitude quant à la rapidité de ses effets. Si les entreprises ne parviennent pas à obtenir en Allemagne des prix de l'énergie compétitifs au niveau international, la fuite des investissements deviendra un risque à long terme. En particulier pour les segments de la chaîne d'approvisionnement automobile tels que les matériaux haute performance et les composants de batteries, où les coûts énergétiques représentent une part élevée du coût total, les différences de politiques peuvent directement peser sur les décisions d'implantation des usines.
Impacts européens et mondiaux : la politique industrielle entre-t-elle dans l'ère de la « concurrence des subventions » ?
Le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne et peut donc être moins contraint par les règles de l'UE en matière d'aides d'État. Le lancement du BICS pourrait encore accentuer la divergence des politiques industrielles en Europe. Le Net-Zero Industry Act et le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l'UE visent à protéger les fabricants locaux, mais le Royaume-Uni, en « prenant de l'avance » avec une compensation électrique plus directe, pourrait contraindre l'UE à ajuster son cadre d'aides. Parallèlement, à l'échelle mondiale, l'Inflation Reduction Act américain et les subventions industrielles similaires des pays européens ont déjà fait affluer les capitaux manufacturiers vers les territoires offrant les politiques les plus avantageuses. Le BICS est une nouvelle illustration de cette tendance, mais seul le temps dira s'il pourra véritablement reconstruire la base industrielle britannique.
Pour l'Allemagne, cela signifie que son modèle traditionnel d'« économie sociale de marché » — qui met l'accent sur la concurrence et l'efficacité — est confronté à des ingérences extérieures croissantes. Le gouvernement allemand doit réexaminer ses leviers de politique énergétique et industrielle afin de ne pas prendre de retard dans la course aux subventions, tout en restant attaché à ses objectifs climatiques de long terme.
Évaluation des tendances à long terme : le coût de l'énergie devient la « monnaie forte » de la compétitivité industrielle
Au cours des 3 à 10 prochaines années, le poids du coût de l'énergie dans la compétitivité manufacturière ne fera qu'augmenter. L'Allemagne doit suivre de près plusieurs variables clés : premièrement, l'écart entre ses prix intérieurs de l'électricité et ceux de ses principaux partenaires commerciaux européens ; deuxièmement, la capacité de ses industries énergivores à améliorer leur efficacité énergétique grâce à l'hydrogène vert, au stockage d'énergie et à la gestion numérique de l'énergie ; troisièmement, la capacité de l'UE à établir des règles unifiées et efficaces en matière de subventions énergétiques afin d'éviter les luttes internes.Pour l'industrie allemande, la BICS ne doit pas être simplement perçue comme une action politique britannique, mais comme un signal : le coût de l'énergie n'est plus un simple facteur de production, mais un outil central de la concurrence en matière de politiques industrielles. L'avantage du « Made in Germany » ne réside pas seulement dans l'ingénierie technique et l'automatisation, mais aussi dans la capacité à fournir une base énergétique durable et abordable pour ces compétences. Si cela n'est pas réalisé, la position de leader mondial de l'industrie allemande sera confrontée à une menace bien plus réelle que tout défi technologique.
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